Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Déclenchement

Publié le par Lullabaloo

20051224-Keith_Haring-.jpg

Elle est au terme + 1 jour, c'est son 3ème enfant, un col que moi et mes collègues n'avont pas réussit à atteindre tant il est postérieur (due à une présentation céphalique basse), seul le médecin a réussit à l'avoir, on part donc avec un col à 2 doigts, court, tonique et... archi postérieur.

Bref elle est aussi déclenchée car la veille le RCF a montré un petit signe de faiblesse. Elle contracte déjà toutes les 10-15 minutes et ne les sent pas.

Je l'installe donc en salle, lui explique comment les choses vont à peu près se dérouler, la perfuse et commence le synto.

1h après nous avons une bonne dynamique utérine, elle ne sent pas encore ses contractions, moi je retente un TV, je galère et j'arrive du bout des doigts à avoir ce col encore épais que j'essaie de ramener doucement vers moi et je demande à ma patiente qu'elle me guide côté sensation pour ne surtout pas lui faire mal (je hais ça ! ça parait tout à fait logique mais il y a des docs/SF que ça ne dérange pas plus que ça !). En gros il n'a pas encore trop bougé, toujours à 3cm...

On profite de ne pas avoir encore la péri pour bouger un peu (avec monito et perf c'est pas évident mais on fait ce qu'on peut), je ne me lance pas à rompre, déjà le col est encore peu accessible donc la poche n'en parlons pas, et je suis sûre qu'à la rupture le col va se dilater illico et ma dame n'aura pas la péri qu'elle souhaite vraiment avoir. Et comme elle n'a pas du tout mal pour le moment et que le rythme est bon, on se laisse un peu de temps.

Bref 2h plus tard le col reste toujours bien postérieur, on est à 4-5cm et les contractions commencent à se faire ressentir, je prépare pour la péri, au moment où je l'aide à s'asseoir - ploc - rupture des membranes et - gloups - petit liquide méconial, bon... on installe la péri et on refait le point après. Là ça devrait avancer de toute façon.

Après une petite hypotension suite à la péri j'explique à ma patiente que je vais un peu la tourner dans tous les sens selon l'engagement de son bébé pour que sa progression dans le bassin soit favorisée et qu'ainsi la dilatation se fasse aussi plus aisément et plus rapidement. C'est un couple adorable, on rigole bien ensemble et un lien se créé.

Ce satané col reste ultra postérieur (c'est très particulier, il est à 6cm et on a encore tout le segment inférieur qui "coiffe" la tête de bébé), et à la contraction ce coquin devient cerclant (il se resserre à 4-5cm lors de la CU et est très tonique). Je vais donc préparer ma seringue de spasfon IV et j'injecte en direct 3cc à chaque contraction + mobilisation (assise, décubitus latéral gauche et rotation interne du fémur, DLD etc...) et ça marche du tonnerre le col se centre enfin et passe à 8-9cm. J'attend que ce bébé descende bien pour éviter à la dame trop d'effort de poussée, le liquide est tjrs méco mais le rythme est top (mais vraiment, sinon je ferais bouger les choses plus vite) et  donc on se le permet.

30 minutes plus tard on s'installe tranquillement, 10-15 minutes de poussées et ce beau bébé de 3800g naît sous le regard ému de ses parents. Il va très bien.

Après la délivrance et 1 point posé sur une éraillure je dois partir et vais faire un dernier coucou aux parents qui, adorables, me disent qu'ils reviendront 1 jour après leur sortie rien que pour me voir car je ne reviens pas en garde avant leur départ, je rentre ainsi chez moi avec beaucoup de baume au coeur....

Commenter cet article

Tinote 22/10/2010 22:59



c'est vraiment un bel accompagnement... je n'ai jamais eu à me plaindre des sages femmes qui m'ont accompagnée lors de mes 2 accouchements (bon j'avais fait un pdn aussi ;) ), mais quand j'entend
des copines/amies c'est clair que parfois ça fait froid dans le dos... je me demande toujours ce qui motive ces personnes, médecins, gynécos, sages femmes, aides soignantes, etc... pour ne pas
avoir cette empathie et ce type d'accompagnement... manque de moyens ? manque de temps ? d'energie ? trop de gardes ? plus assez de motivation ? leur propre histoire qui les pollue (j'ai connu ça
de la part d'une aide soignante) ? leur formation avec laquelle ils n'ont su avoir de sens critique pour leur permettre de faire la part des choses entre le bien et le moins bien ? je suis très
interrogative sur ce sujet, vraiment... car de lire ou d'entendre le comportement de certaines personnes, je trouve ça triste, pour eux car au fond ils ne doivent pas sans doute s'épanouir dans
leur métier, et pour les parents qui se retrouvent en face de ce genre de personne qui peuvent devenir très toxique durant l'évenement particulier qu'est une naissance/un accouchement...



Lullabaloo 23/10/2010 16:13



Oui on se demande parfois... C'est aussi je pense un peu le problème survenant avec le concours de la P1 et le "rabattement" de certains qui n'ont pas eu une place en médecine vers SF... ça
devrait se tasser avec la L1 santé, je l'espère... Mais ça fait que du coup ce sont des personnes qui n'avaient pas SF en tête et qui doivent s'y faire et du coup l'attitude n'est pas la même
avec les patientes.


Il y a aussi le fait d'être constamment harcelé par la rentabilité, les hôpitaux/cliniques sont des entreprises qui doivent tourner, moins de personnel et plus de boulot, en dépit des "clients"
finalement ! bref il faut tout faire pour maintenir la flamme de la passion, et pour ma part c'est grâce aux couples que la mienne se maintient et se renforce car ce sont les seuls qui nous
soutiennent en fin de compte (tout comme on les soutient pour leur accouchement )