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Sage-femme c'est aussi cela...

Publié le par Lullabaloo

La poche des eaux s'est rompue à 15-16 SA, elle nous raconte qu'elle a été hospitalisée, que chaque jour on venait lui faire une écho pour lui dire que le coeur battait et que ce bébé s'accrochait malgrè le fait qu'il n'y ai quasiment plus de liquide (--), on ne lui a donc dit à aucun moment, clairement, que ce bébé ne pourrait survivre avec une poche rompue si tôt. Ils l'ont gardé, lui ont fait des échos, elle ne comprenait plus trop, jusqu'à cette nuit là où elle a pris ses clik et ses clak et s'est "enfuit" du service.

Elle est ainsi arrivée chez nous, le médecin a donc été clair : ce bébé n'allait pas pouvoir survivre et ce qu'il reste à faire est de l'aider à sortir de son ventre pour éviter divers risques infectieux (à la maman, bien entendu...), de plus, son petit coeur s'est à présent arrêté, elle est à 18 SA.

deep-breath.jpgJe prend donc la relève pour la nuit, ma collègue me transmet rapidement cette histoire (la patiente est 1 étage en dessous), les comprimés de mifégyne ont été donnés et le cytotec est commencé le lendemain matin, elle me dit donc que ce n'est à priori pas pour moi cette nuit sachant que je n'irai mettre le cytotec que demain matin à 6h.

Je décide de descendre en fin de soirée voir la patiente (le couple) pour me présenter et avoir un apperçu de la situation, voir comment elle se sent etc... je n'ai pas le temps d'y aller que l'on me téléphone pour me dire qu'elle a mal.

En effet, son col est centré, ouvert à 4cm et je sens nettement les petits membres au travers de la poche. Ni une ni deux nous montons pour faire la péri.

Elle est à présent soulagée, la suite ne tarde pas car à ce terme il n'y a pas besoin que le col soit complètement dilaté.

Son passage furtif l'a faite sursautée, elle est inquiète, je lui explique donc que ça y est bébé est sorti. Je l'emballe délicatement après avoir coupé le cordon et le donne à ma collègue qui sort de la pièce. Le médecin arrive pour faire une révision utérine, le placenta ne veut pas venir et ce geste est d'autant plus compliqué à exécuter que le col n'est pas complètement dilaté. Bref une fois terminé je recouche la dame, son mari est là, ils sont tous les deux très calmes, ils ne cessent de nous répéter qu'ils se sentent bien entourés et que cela les rassure. Je leur propose, s'ils le souhaitent, de le voir (c'est un garçon). Ils le souhaitent vraiment.

Une fois devant eux, le regard de la dame s'illumine, elle est extrêmement surprise de voir qu'il ressemble à un petit être humain, il a ses petits doigts, ses oreilles, son nez etc... (ce sont ses mots). Elle le trouve beau.

Elle a 40 ans, c'est sa 3ème fausse couche, cette grossesse était la seule à être allée aussi loin au niveau du terme. En voyant ce bébé, elle (et son mari également biensur) se rend compte qu'elle a été capable de "fabriquer" ce petit être, qui malgré ce terme précoce est déjà bien formé et ressemble à tout sauf à un "monstre foetal" qu'elle devait s'imaginer.

Elle est très émue, elle l'observe avec attention, l'admire même, c'est d'ailleurs très troublant car elle semble même heureuse.

Tous deux ne souhaitent pas d'autopsie.

Au bout de quelques heures nous la raccompagnons à l'étage en dessous dans sa chambre. Ils nous remercient chaleureusement, pour nous c'est rassurant de se dire que malgré cette épreuve terrible et difficile (sans oublier leur affreuse expérience dans l'autre établissement), ce couple s'est senti entouré et soutenu car on ne se sent jamais assez compétent dans ce genre de situation.

 

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txatxalina 10/03/2011 21:48



Tu le racontes tellement bien !!!


Et oui, le métier de sage-femme n'est pas que rose, ceci dit et tu le décris parfaitement bien, notre rôle est bien global :)


et c'est rassurant de voir qu'il y a des collègues qui vivent le moment aussi bien et on se sent moins seul !


Bise de Litch ;)



martine desmares 13/02/2011 09:56



Voilà bien ce qu'est l'expérience, la traversée du doute, et de l'innatendu !


Ce boulot n'a de cesse que de questionner notre position face à l'IMPOSSIBLE à apprendre ! La transmission se fait chaque fois qu'on témoigne de cela pour les étudiants, les parents, les équipes.
Beaucoup de RESPECT ET D ATTENTION, bien des questions pour comment faire à chaque fois !


Merci pour ton témoignage délicat, et très Pro de ce fait...il est surtout plein d'humanité et de tact, être épaulé quand on perd son enfant est un souvenir qui reste gravé dans le marbre de la
mémoire des parents. A la rencotre du premier entretien individuel, ils parletn de cet impossible enfant pour eux (3 èmes incident) devenu un enfant réel, leur enfant et ouvrant à des possibles
parentalité. Il faut parfois passer par la perte, pour faire exister sa place de parents impossible à penser.


Merci



Gromitflash 11/02/2011 00:36



Histoire de sage-femme, la face cachée du métier (le truc qui vend pas du rêve aux nouveaux arrivants).


Merci de le raconter si bien.



Lullabaloo 11/02/2011 12:25



Face cachée que l'on se prend en pleine face une fois que l'on prend en charge ces couples (pour peu que la 1ère fois cela arrive lorsqu'on est toute seule, la nuit... après heureusement j'avais
une super auxi puer avec moi)


Merci à toi pour ce petit mot



NOURRISSON Elodie 10/02/2011 23:41



Ma Lull', ce récit est poignant. Oui être sage-femme ça confronte dés fois à ce type de situation bien difficile et délicate.


C'est dur ce que ce couple vient de vivre (pour la 3ème fois en plus) et je leur souhaite désormais d'arriver à faire leur deuil pour ce petit bébé.


Tu as très bien accompagné ce couple, tu as fait en sorte que cette femme ne souffre pas physiquement (ou le moins possible), tu l'as bien prise en charge, elle a pu voir son petit bébé et lui
dire adieu (et son mari aussi).


Mais ça doit être très dur à vivre pour toi, et de ce fait, je t'envoie mille bisous.


On oublie rien mais on vit avec.


Bisous ma Lull',


Lollie



Lullabaloo 11/02/2011 12:20



Merci ma Lollie,


ce qui n'est pas évident c'est qu'évidemment chaque couple, chaque femme est différente, que nous ne pouvons pas nous identifier car notre impression ne peut être la même que la leur. par exemple
dans le fait de montrer le foetus/le bébé, parfois en tant que professionnel on le trouve "pas montrable" mais les parents le trouverons beau et vice versa, parfois nous le trouverons beau alors
que les parents seront choqués... et ça on ne peut pas savoir mais bon le tout est d'être présente et attentive à ce qu'il souhaite eux.


C'est en effet pas évident à gérer car le hasard fait que depuis ce début 2011 nous avons eu 3 expulsions/morts foetales de 15SA à 30 SA et que c'est tombé sur moi à chaque fois... mais voilà
cela fait partie du métier...!